Ce premier chapitre s'articule autour de l'examen minutieux du rôle de la formation continue, appréhendée non pas en vase clos, mais dans le contexte bouillonnant de la transformation numérique qui traverse l’administration publique, et tout particulièrement l’administration universitaire. À travers notre analyse, il s'agira de mettre en exergue le fait que la formation continue a définitivement perdu son statut de simple instrument de perfectionnement technique occasionnel. Elle s'impose désormais comme un véritable outil stratégique, un pilier de l'adaptation organisationnelle, un vecteur d’accompagnement au changement et un garant de la professionnalisation durable des ressources humaines.
Section 1 : Cadrage réglementaire et objectifs de la formation continue dans la fonction publique marocaine
Aujourd'hui, la formation continue au sein de l’administration publique marocaine transcende la vision réductrice d'un simple renforcement individuel des acquis. Elle s’inscrit, de manière organique, dans un vaste mouvement de modernisation de l’appareil de l’État, de refonte des paradigmes de la gestion publique et de quête permanente d’amélioration du rendement des services administratifs. Pour en saisir toute la portée dans l'écosystème universitaire, il est impératif de se plonger dans ses fondements juridiques, de décrypter ses objectifs institutionnels et de comprendre ses véritables finalités managériales.
1.1. Les fondements juridiques et réglementaires : d'une vision statique à une dynamique de développement
Le système marocain de la fonction publique s'est historiquement sédimenté autour d'un corpus de textes régissant les droits, les obligations et l'évolution de la carrière des fonctionnaires. Au sein de cet arsenal juridique, la formation continue a dû conquérir sa place, passant progressivement d’une pratique perçue comme ponctuelle, marginale et peu structurée, à un instrument cardinal et reconnu de la Gestion des Ressources Humaines (GRH).
Le socle fondateur de cette architecture demeure le Statut Général de la Fonction Publique, promulgué par le Dahir n° 1-58-008 du 24 février 1958. Ce texte, bien que marqué par l'époque de sa conception, a dessiné l'ossature de la carrière administrative au Maroc. Dans sa genèse, sa préoccupation majeure résidait dans l'encadrement strict des conditions de recrutement, de la discipline, de l'avancement à l'ancienneté et des droits statutaires, reléguant au second plan la question du développement continu et dynamique des compétences. Néanmoins, sous la pression des mutations sociétales, de la complexification de l'action publique et de l’accroissement des attentes citoyennes en matière de performance, une relecture plus moderne et proactive de la gestion des agents de l'État s'est imposée.
Cette métamorphose s’est vue cristallisée par les réformes institutionnelles majeures de ces dernières années. La Constitution de 2011 a joué un rôle de catalyseur indéniable. En hissant au rang constitutionnel les principes de bonne gouvernance, de reddition des comptes, de qualité des services publics et d’équité dans l'accès aux prestations administratives, elle a, par effet de ricochet, placé la qualification des ressources humaines au centre des priorités. L'équation est simple : une administration qui se veut moderne, transparente et résolument tournée vers l'efficacité ne peut fonctionner durablement sans un corps de fonctionnaires hautement compétents, psychologiquement préparés et régulièrement formés.
Dans le sillage de cette dynamique, le Décret n° 2-05-1369 du 2 décembre 2005, relatif à la formation continue des fonctionnaires et agents de l’État, a constitué un véritable point de bascule. Ce texte de loi a permis d'institutionnaliser la formation continue, l'élevant au rang de composante structurante de la gestion administrative. Il lui octroie une place de choix dans les politiques de développement du capital humain, en clarifiant ses modalités d’ingénierie, ses finalités et, surtout, en responsabilisant les administrations quant à sa mise en œuvre.
À la lumière de ce cadre rénové, la formation continue s'est dépouillée de son image de mesure exceptionnelle, voire de "récompense". Elle s'érige désormais en un droit fondamental et reconnu pour le fonctionnaire, lui garantissant l'accès à des dispositifs lui permettant de polir ses aptitudes, de rester en phase avec les mutations technologiques et sociétales de son environnement de travail, et d'être l'acteur de son propre parcours professionnel. En miroir, elle constitue une obligation contraignante pour l’administration, qui se doit de déployer les ressources budgétaires et logistiques nécessaires pour éviter l'obsolescence des compétences de ses agents.
Cette maturation réglementaire traduit un changement de paradigme profond dans la philosophie de gestion des ressources humaines publiques. L'agent administratif – notamment au sein des scolarités et des départements universitaires – n’est plus appréhendé comme un simple exécutant, figé dans une carrière linéaire et bureaucratique. Il est désormais perçu comme un maillon vivant et évolutif, appelé à apprendre, à désapprendre et à s’adapter de manière continue. La formation s'affirme ainsi comme le mécanisme d’ajustement par excellence entre les impératifs stratégiques de l’administration et le potentiel humain de ses personnels.
Ce premier chapitre examine attentivement le rôle de la formation continue dans un contexte précis : la transformation numérique qui touche l'administration publique, en particulier les universités. Notre analyse montre que la formation continue a complètement changé de statut. Elle n'est plus simplement un outil pour améliorer quelques compétences techniques de temps en temps. Aujourd'hui, elle devient un véritable levier stratégique qui aide les organisations à s'adapter, accompagne les changements et garantit que les employés développent leurs compétences de façon durable.
Section 1 : Le cadre légal et les objectifs de la formation continue dans la fonction publique marocaine
La formation continue dans l'administration publique marocaine a dépassé la simple idée de renforcer les acquis individuels. Elle fait maintenant partie intégrante d'un grand mouvement de modernisation de l'État. Cette transformation vise à repenser la gestion publique et à améliorer constamment la qualité des services administratifs. Pour bien comprendre son impact dans le milieu universitaire, nous devons d'abord examiner ses bases juridiques, ses objectifs institutionnels et ses véritables finalités managériales.
1.1. Les bases juridiques : d'une approche figée vers une dynamique de développement
Le système de la fonction publique marocaine s'est construit au fil du temps autour de textes qui définissent les droits, devoirs et évolution de carrière des fonctionnaires. Dans cet ensemble juridique, la formation continue a dû se faire une place. Elle est passée d'une pratique occasionnelle et peu organisée à un outil central et reconnu de la gestion des ressources humaines.
La base de cette architecture reste le Statut Général de la Fonction Publique, adopté par le Dahir n° 1-58-008 du 24 février 1958. Ce texte, même s'il porte la marque de son époque, a établi les fondements de la carrière administrative au Maroc. À l'origine, il se concentrait surtout sur l'encadrement strict du recrutement, de la discipline, de l'avancement selon l'ancienneté et des droits statutaires. La question du développement continu des compétences passait au second plan. Cependant, face aux changements de société, à la complexité croissante de l'action publique et aux attentes plus élevées des citoyens en matière de performance, une approche plus moderne de la gestion des agents de l'État s'est imposée.
Cette transformation s'est concrétisée par les grandes réformes institutionnelles de ces dernières années. La Constitution de 2011 a joué un rôle déterminant. En inscrivant dans la Constitution les principes de bonne gouvernance, de reddition des comptes, de qualité des services publics et d'équité dans l'accès aux prestations administratives, elle a automatiquement placé la qualification des ressources humaines au centre des priorités. Le raisonnement est logique : une administration qui veut être moderne, transparente et efficace ne peut pas fonctionner durablement sans des fonctionnaires très compétents, bien préparés et régulièrement formés.
Dans cette dynamique, le Décret n° 2-05-1369 du 2 décembre 2005, qui concerne la formation continue des fonctionnaires et agents de l'État, a marqué un vrai tournant. Ce texte a permis d'officialiser la formation continue en lui donnant une place importante dans la gestion administrative. Il lui accorde un rôle central dans les politiques de développement du capital humain, en précisant comment l'organiser, quels sont ses objectifs et, surtout, en rendant les administrations responsables de sa mise en place.
Avec ce nouveau cadre, la formation continue a perdu son image de mesure exceptionnelle ou de "récompense". Elle devient maintenant un droit fondamental pour le fonctionnaire, qui peut accéder à des dispositifs lui permettant d'améliorer ses compétences, de rester en phase avec les évolutions technologiques et sociétales de son environnement de travail, et de prendre en main son parcours professionnel. En contrepartie, elle représente une obligation pour l'administration, qui doit mobiliser les ressources budgétaires et logistiques nécessaires pour éviter que les compétences de ses agents deviennent obsolètes.
Cette évolution réglementaire révèle un changement profond dans la façon de concevoir la gestion des ressources humaines publiques. L'agent administratif, notamment dans les services de scolarité et les départements universitaires, n'est plus vu comme un simple exécutant figé dans une carrière linéaire et bureaucratique. Il est maintenant considéré comme un élément vivant et évolutif, appelé à apprendre, désapprendre et s'adapter en permanence. La formation s'impose ainsi comme le mécanisme idéal pour faire le lien entre les besoins stratégiques de l'administration et le potentiel humain de ses personnels.