Malgré toutes les tentatives pour l’enlever, la tache ne quitte pas le front de Jaafar. Au contraire, elle continue de « gagner du terrain » (p105). Il est même allé jusqu’à solliciter la médecine, dans l’espoir d’y trouver un remède efficace, mais sans succès. Le mal dont il souffre semble en réalité se loger bien au-delà de ce que l’œil peut discerner. Le médecin le formule d’ailleurs avec justesse lorsqu’il confie à Jaafar : « Parce qu’une peau se souvient, elle emmagasine les choses de la vie dans ses replis, puis les ressort par petits bouts. » La peau se voit, de ce fait, investie d’une fonction mémorielle en conservant, à son insu, les traces du vécu. Cette crevasse qui barre le front de Jaafar apparait dès lors comme le réceptacle d’un passé obscur et pesant qui le hante.
Peu importe les efforts déployés pour la faire disparaître, la marque persiste sur le front de Jaafar. Elle semble même s'étendre davantage (p105). Il a consulté des médecins en quête d'un traitement qui pourrait l'aider, mais ces démarches se sont révélées vaines. Son problème paraît avoir des racines plus profondes que ce qui se manifeste en surface. D'ailleurs, le praticien exprime cette réalité avec perspicacité quand il explique à Jaafar : « Parce qu'une peau se souvient, elle emmagasine les choses de la vie dans ses replis, puis les ressort par petits bouts. » La peau acquiert ainsi un rôle de gardienne de la mémoire, préservant inconsciemment les empreintes de l'existence vécue. Cette fissure qui traverse le front de Jaafar devient alors le symbole d'un passé sombre et lourd qui continue de le poursuivre.